mercredi 5 octobre 2022

Verlaine (Paul) - Sagesse (édition originale)

 


 

VERLAINE (Paul).

Sagesse.

Paris, Société Générale de Librairie Catholique, 1881.
[Paris / Société Générale de Librairie Catholique / Paris / Ancienne Maison Victor Palmé / 76, rue des Saints-Pères, 76 / Bruxelles / Ancienne Maison Henri Goemaere / 29, rue des Paroissiens, 29 / M DCCC LXXXI]

 



In-8° (156 x 237 mm.) sous reliure à la Bradel, plats et dos lisse recouverts d'un papier fait main à motif art-nouveau, le même papier a été utilisé pour les doublures et les gardes, pièce de titre, couverture conservée avec un ex-libris manuscrit (reliure de Paul Claessens), [2 bl.], [2 (ouvrages du même auteur et mention de l'imprimeur Charles Hérissey), titre], [1 bl.], [1 (dédicace : À ma mère)], [1 bl.], 106 p., il a été relié sur onglet in fine l'extrait d'un article (4 p.) de Jules Lemaître sur Verlaine, rare édition originale, rousseurs.

 


 

   Imprimée au début du mois de décembre 1880, cette édition porte la date de 1881 ; on estime son tirage à environ 500 exemplaires sur papier vélin ordinaire, il n'y a pas eu de grand papier.
   Christian Galantaris précise : « D'après une confidence de Verlaine, qui avait dû verser 550 francs de provision pour que commence l'impression, huit exemplaires seulement furent achetés au moment de la mise en vente. Sept pièces sur quarante-sept du recueil sont d'inspiration réellement catholique. Les autres écrites pour la plupart en prison, à Mons, devaient paraître sous le titre Cellulairement. »
   Sur l'état de l'édition, François Montel indique qu'« on trouve rarement Sagesse en bon état. La vente fut, paraît-il, très lente et la plupart des exemplaires doivent à leur long séjour dans les caves de la maison Palmé les traces d'humidité qui les déparent. »
   L'extrait de presse relié in fine est un extrait de M. Paul Verlaine et les poètes « symbolistes » et « décadents », publié dans Les Contemporains études et portraits littéraires, par de Jules Lemaître.

 


 

À propos du relieur :
   L'atelier de reliure Claessens fut créé, à Bruxelles, par Laurent en 1854 ; son fils, Paul, commença à collaborer avec lui en 1884 et exerça sous son nom de 1895 à son décès survenu en 1909.

Bibliographie :
   - Vicaire (Georges), Manuel de l'amateur de livres du XIXe siècle, t. VII, col. 992.
   - Carteret (Léopold), Le trésor du bibliophile romantique et moderne 1801-1875, tome II, pp. 420-422.
   - Montel (François), Bibliographie de Paul Verlaine, pp. 22-26.
   - Galantaris (Christian), Verlaine, Rimbaud, Mallarmé. Catalogue raisonné d'une collection, n° 42.
   - Bernard (Georges), La reliure en Belgique aux XIXe et XXe siècles, p. 274.

 

1500 euros (code de commande : 00082).

 

Si vous souhaitez obtenir d'autres informations n'hésitez à pas à me questionner (b.waterlot@hotmail.com).
Ce livre peut être retiré à l'adresse figurant dans l'en-tête du blog.
En cas d'envoi postal, veuillez indiquer le pays vers lequel le colis devrait être expédié, cela me permettra de vous indiquer les modalités de livraison et de paiement.

 

Lorrain (Jean) - Villa Mauresque (illustré par Michel Ciry)

 


LORRAIN (Jean).

Villa Mauresque.
Roman.
Avertissement documentaire de Georges Normandy : Guy de Maupassant rival de Jean Lorrain.
Illustrations de Michel Ciry.

Paris, Le Livre Moderne, 1942.

 


 

In-8° (148 x 197 mm.) broché, 159 p., 22 illustrations en noir (3 à pleine page, 3 vignettes dans le texte, 13 bandeaux de tête de chapitre et 3 culs-de-lampe), (collection « Le Livre Moderne Illustré », n° 362), exemplaire en bon état.


   L'édition originale de ce roman parut en 1886 ; l'édition de 1942 est la première sous le titre de Villa Mauresque.

 


 

Extrait de l'article de Noëlle Benhamou :
   Deuxième roman de Jean Lorrain publié en 1886, Très Russe est surtout connu pour le portrait-charge de Maupassant, la querelle qui s'ensuivit et le duel avec l’auteur de Bel-Ami évité in extremis. Comme celle des Lepillier, l'action se déroule sur la côte normande, notamment à Fécamp. Mauriat et Beaufrilan se disputent les faveurs de Mme Livitinof qui occupe la villa mauresque à Yport.

 


 

Bibliographie :
   - Benhamou (Noëlle), Très Russe : du roman à la pièce, dans : Jean Lorrain, « produit d'extrême civilisation », pp. 261-278.

 

15 euros (code de commande : 00092).

 

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Erckmann-Chatrian - Maître Daniel Rock (illustré par Georges Villa)

 


 

ERCKMANN-CHATRIAN (Émile Erckmann et Alexandre Chatrian).

Maître Daniel Rock.

Avec douze gravures imprimées en couleurs de Georges Villa.

 Paris, Éditions du Sagittaire, 1931.

 


In-8° (155 x 213 mm.) demi-chagrin tabac, dos à 5 nerfs insolé portant à la queue les initiales « G. F. », couverture rempliée conservée, 237 p., illustrations hors texte, exemplaire numéroté sur vélin Aussedat, (collection « Byblis »).

 


 

Extrait de l'article de Henri Hatzfeld :
   Maître Daniel Rock [est] une nouvelle des débuts (1860) qui raconte la résistance du vieux forgeron d'un village des Vosges à la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg. Ce n'est pas l'un des meilleurs récits d'Erckmann-Chatrian. Le ton n'est jamais trouvé : on hésite entre le romantisme fantastique des premiers contes (Hugues le loup) et le réalisme satirique. Mais ces dissonances, cette ambiguïté de l'écriture sont significatives d'une ambiguïté plus profonde, d'une insurmontable hésitation de nos auteurs. Entre Daniel Rock, symbole du monde médiéval destiné à disparaître et les ingénieurs du chemin de fer qui introduisent simultanément le progrès et la corruption morale dans les vieux terroirs jusqu'ici isolés, Erckmann ne choisit pas. Il incline au cours de l'œuvre pour l'un et pour les autres selon les fluctuations d'un style et d'une pensée qui ne s'affermissent jamais. Certes les derniers mots appartiennent à l'ingénieur, c'est-à-dire au progrès : « Lorsqu'on se demandera plus tard ce que faisaient les hommes de sentiment à l'époque de ces grandes découvertes, de ces travaux gigantesques et qu'on apprendra qu'ils prêchaient le Moyen Âge, les vieilles doctrines et les vieux principes, je me persuade qu'on ne leur attribuera pas le plus beau rôle de notre histoire et même je crains que les esprits malveillants ne les taxent d'avoir été les frelons de la ruche. » Mais ces ultimes réflexions ne sauvent pas MM. les ingénieurs et leurs « petites dames » non plus que ce maire imbécile qui ne fait l'éloge du progrès que pour plaire à M. le Sous-Préfet de Sarrebourg. Maître Daniel Rock, Don Quichotte de l'artisanat, a bien autrement de caractère. En fait, si Erckmann ne se range ni d'un côté ni de l'autre, c'est que son monde à lui se situe précisément ailleurs, ou si l'on vent entre le Moyen Âge et la Civilisation industrielle. C'est le monde sur lequel se greffent en quelque sorte la Révolution et l'Empire, le monde de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle loin des villes. C'est le siècle de Jean-Jacques : la classe ouvrière n'y a pas encore de place. Les républicains Erckmann et Chatrian se diront assez facilement socialistes en 1848. Mais ils condamneront les « communistes » de cette époque comme les communards de 1871. Hommes de progrès, nos auteurs ont déjà pris du retard.


Bibliographie :
   - Hatzfeld (Henri), Erckmann-Chatrian et la culture populaire, dans Esprit, n° 320, pp. 324-325.

 

35 euros (code de commande : 00089).

 

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Balzac (Honoré de) - Physiologie du mariage

 


  

BALZAC (Honoré de).

Études analytiques.
Physiologie du mariage
ou Méditations de philosophie éclectique sur le bonheur et le malheur conjugal. 

Paris, Librairie Nouvelle, 1858.
[Paris / Librairie Nouvelle / Boulevard des Italiens, 15 / La traduction et la reproduction sont réservées / 1858]

 


 

In-12 (104 x 165 mm.) demi chagrin noir (mors un peu frottés), [3 (faux-titre, mention d'imprimeur, titre)], [1 bl.], 376 p., (collection des « Œuvres Complètes de Balzac »).


Avertissement :
   La femme qui, sur le litre de ce livre, serait tentée de l'ouvrir, peut s'en dispenser, elle l'a déjà lu sans le savoir. Un homme, quelque malicieux qu'il puisse être, ne dira jamais des femmes autant de bien ni autant de mal qu'elles en pensent elles-mêmes. Si, malgré cet avis, une femme persistait à lire l'ouvrage, la délicatesse devra lui imposer la loi de ne pas médire de l'auteur, du moment où, se privant des approbations qui flattent le plus les artistes, il a en quelque sorte gravé sur le frontispice de son livre la prudente inscription mise sur la porte de quelques établissements : Les dames n'entrent pas ici.

 


  

18 euros (code de commande : 00109).

 

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Céline (Louis-Ferdinand) - Casse pipe (édition originale)

 

 



CÉLINE (Louis-Ferdinand).

Casse pipe. 

Paris, Chambriand, 1949. 

 


In-8° broché, 150 p., édition originale en volume, un des 100 exemplaires numérotés sur vélin des Papeteries de Renage (n° 130), couverture frottée et un peu salie avec un petit manque dans la marge droite du premier feuillet de la couverture, mention manuscrite (« numéroté 130 ») dans le coin inférieur droit de la première page de la couverture.

 


 

   Avant cette parution en volume, Le Casse pipe, roman inachevé, avait été publié dans le n° 5 - été 1948 de la revue Les Cahiers de la Pléiade aux Éditions Gallimard.
   Les feuillets manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment « découverts » permettront à Gallimard d'envisager une « réédition » de Casse pipe dans un proche avenir.


En quatrième de couverture d'une réimpression chez Gallimard :
   
Avant la guerre, il y avait eu la caserne (le quartier, en langage de cavalerie) ; avant Bardamu, il y avait Ferdinand. Dans Voyage au bout de la nuit, Bardamu, pour avoir emboîté le pas à un régiment en parade, se retrouvait pris au piège, mais ce premier moment ne durait que quelques lignes. Après cela, c'était l'errance.
   Casse-pipe, c'est le temps de l'enfermement, devenu interminable. Témoin la longueur de cette première nuit, qui occupe toute la première séquence, mais la suite est à l'avenant. L'agressivité du monde et des hommes y prend la forme de la nuit, du froid, de la pluie, de chevaux échappés qui courent dans tout cela, et un visage que Courteline et d'autres avaient déjà fait connaître en littérature, celui des gradés et des sous-officiers, d'autant plus charognes qu'ils sont eux-mêmes plus terrorisés.
   L'étonnant est que, du spectacle de tant d'écrasement, qui ne cesse pas d'être sensible, naisse ligne à ligne tant de comique. Céline est ici dans toute la maîtrise de ses moyens. Le discours et l'argot militaires sont un morceau de choix pour cette rencontre de langages qui est pour lui le commencement du style. « Et quand vous avez à la fois le tragique et le rire, vous avez gagné, n'est-ce pas... » C'est lui qui le dit, en parlant de Shakespeare.
   Casse-pipe est un roman inachevé, dont nous n'avons même pas tout ce qui avait été écrit. On trouvera ici l'ensemble des parties actuellement connues : les cinq séquences mises au point et les fragments retrouvés d'une première version, plus le seul récit que Céline ait fait de ce qui devait suivre. Une fois ces morceaux réunis, leur force est telle qu'ils font une œuvre à part entière.
   De cette transposition du vécu en mots, Tardi fait à son tour une transposition visuelle, avec la même fidélité à la sensibilité célinienne dont il avait déjà fait preuve dans son illustration de Voyage au bout de la nuit.

 

450 euros (code de commande : 00116).

 

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Mockel (Albert) - Propos de Littérature

 


 

MOCKEL (Albert).

Propos de Littérature. 

Paris, Librairie de l'Art Indépendant, 1894.
[Paris / Librairie de l'Art Indépendant / 11, rue de la Chaussée d'Antin, 11 / 1894 / Tous droits réservés.] 

 


In-8° sous reliure cartonnée recouverte d'un papier imprimé au décor Art Nouveau, couverture conservée, trace de la pièce de titre décollée (reliure signée de P. Claessens Fils), 148, [1 (colophon)], [3 bl.] p., envoi et carte de visite de l'auteur, très bon exemplaire de cette rare édition originale.

 


 

Introduction :
   Cette étude n'est pas à proprement parler une critique de vers. Les œuvres des deux poètes que j'ai choisis me serviront plutôt à rendre plus claire l'expression de certaines idées qui me hantent et à illustrer quelques réflexions sur la philosophie dans l'art, sur la méthode, la forme et la technique de ceux que l'on a appelés les Symbolistes ; en analysant ce que contiennent la Chevauchée d'Yeldis et les Poèmes anciens et romanesques, par exemple, je voudrais arriver à établir indirectement le compte de doit et avoir d'une génération dont ces livres indiquent assez complètement, dans les limites de l'art, les tendances diverses.
   La mode n'est plus aux parallèles. Il m'a semblé cependant qu'il y avait ici une opportunité véritable à renouveler ce genre ancien. Jadis, M. Ferdinand Brunetière, avec l'autorité de son talent et celle, plus discutable, de la Revue des Deux-Mondes, s'occupa longuement des symbolistes ; mais M. de Régnier n'était pas même cité, et pourtant les Sites et les Épisodes avaient déjà paru. Un autre critique, annonçant à la foule les vers de ces deux poètes, n'hésitait pas à déclarer leur œuvre identique. On ne pouvait, de bonne foi, trouver entre eux de différence. Enfin un genre de sport fut quelque temps très en faveur dans les bons coins de la presse littéraire, – peut-être l'est-il encore – il consistait à accoler invariablement ces deux noms jusqu'à donner l'illusion d'une sorte de meilhacalévy poétique, tandis qu'un contresport les plaçait alternativement au-dessus et au-dessous l'un de l'autre. Cela n'est-il point assez pour servir de raison à cette étude ? Qu'on y lise un prétexte, cela suffira.
   Frères par l'amitié, MM. de Régnier et Vielé-Griffin le sont aussi par leurs écrits, mais à cause de leurs différences mêmes, – en ce sens spécial que l'un complète l'autre à merveille et que leurs livres réunis donneraient l'idée presque parfaite de la poésie nouvelle. L'un deux l'emporte par le talent, l'autre par l'instinct poétique ; chez celui-ci des images plus nouvelles, plus d'inattendu une plus riche variété de rythmes et de gestes ; chez celui-là un sens plus pur de l'attitude, une rigueur plus grande dans l'expression, un style plus noble et plus voisin de la perfection. Mais, je le répète, tous les deux sont poètes, tous les deux sont artistes et, si dans la suite de cet article les mots défaillaient à ma pensée, je voudrais affirmer encore qu'ils sont égaux à mes yeux.

 



À propos du relieur :
   Paul-Joseph Claessens (1861-1909) succéda à son père Laurent vers 1895, « après une association d'une dizaine d'années. Il fonda, puis dirigea, l'École de reliure de la Ville de Bruxelles ; il fut aussi président de la Chambre syndicale de la Reliure (1903), et fit partie du Cercle de la Librairie de 1888 jusqu'à la fin de ses jours. Il était relieur attitré de la comtesse de Flandre et du prince Victor Napoléon. [Une] étiquette illustrée [...], attribue aussi aux deux Claessens le titre de « Relieurs-Doreurs de Mgr le duc d'Aumale ». On sait que le duc d'Aumale séjourna à Bruxelles de 1886 à 1889.
   [...] Il soutint dignement la renommée de son père, bien que son étoile se trouvât quelque peu éclipsée par celle de De Samblanx, qui montait à l'horizon.
   Il participa à diverses expositions : Liège 1905, Milan 1906, Bordeaux 1907, Bruxelles 1909. Cette dernière exposition n'avait pas encore fermé ses portes lorsqu'il mourut brusquement, le 18 juin 1909. Le bruit courut qu'il s'était suicidé. Il se plaignait beaucoup depuis quelque temps du tracas des affaires, et des difficultés toujours croissantes qu'il éprouvait dans le recrutement des ouvriers et dans ses relations avec le personnel, conséquences des nouvelles lois sociales.
   Il signa, d'abord en commun avec son père : L. Claessens et Fils (i885-1895?) ; puis P. Claessens, fils, et enfin P. Claessens.
 

Bibliographie :
   - Dubois d'Enghien (Hector), La reliure en Belgique au dix-neuvième siècle, pp. 128-129.

 

80 euros (code de commande : 00120).

 

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Cinq grandes Odes (NRF 1919)

 



CLAUDEL (Paul).

Cinq grandes Odes.
Suivies d'Un processionnal pour saluer le siècle nouveau.
Troisième édition.

Paris, Nouvelle Revue Française, 1919.

 



In-8° broché, 204 p., belle vignette de justification de tirage, ex-libris manuscrit à la page de garde, taches sur la couverture.

 



   La vignette de justification de tirage reproduit l'ex-libris que l'artiste tchèque Zdenka Braunerova avait gravé pour Paul Claudel avec qui elle était devenue amie et avait correspondu entre 1909 et 1914 et pour qui elle avait réalisé les décors de L'Annonce faite à Marie, représentée à Prague en 1914.


Notice par Alexandre Didier :
   De retour en Chine après la renonciation à son engagement monastique, Claudel rencontre Rosalie Vetch – une « conflagration » dont « l'ébranlement » hante les poèmes de la période 1901-1905, la deuxième section de Connaissance de l'Est, Cinq Grandes Odes et Art poétique, avant de hanter toute l'œuvre. Dans la première des odes, Les Muses, l'invocation à Erato, inspirée de Rosalie comme Ysé de Partage de midi, rompt l'homogénéité d’une ode où la description du motif païen et mythologique des Muses, inspiré de la frise sculptée d’un sarcophage du Louvre, donne une représentation symbolique de la parole poétique. Au poète qui par sa parole célèbre Dieu succède et s'oppose l'amant emporté dans le dehors du monde et dans la destruction. Il est difficile de dater cette ode : est-elle composée à Solesmes (partie catholique), puis en 1901 après la rencontre avec Rosalie Vetch, ou achevée en 1904 ?
   Marié, de retour en Chine, à Pékin, « d’un vieux empire le décombre principal », puis à Tien-Tsin, Claudel compose successivement quatre autres odes : L'Esprit et l'eau (juin-septembre 1906), Magnificat (décembre 1906-avril 1907), La Muse qui est la Grâce (avril-juin 1907), La Maison fermée (juillet 1907-janvier 1908). Les Cinq Grandes Odes, publiées en 1910 (L'Occident), unissent la biographie, la poétique, l'extase lyrique et religieuse.
   La pénitence imposée par la culpabilité de l'amour pour Rose (Rosalie Vetch, dans L'Esprit et l'eau), est suivie, symboliquement, dans le Magnificat (III), au cœur du recueil, de l'image du père célébrant la naissance de sa fille Marie, placé dans le « suspens de son existence ». La Muse qui est la Grâce (IV) écarte la tentation mystique et renvoie le « fils de la terre », le « lourd compère » à sa condition. La Maison fermée (V), qui oppose aux neuf Muses païennes « intérieures » « les Quatre Grandes Extérieures », « les quatre vertus cardinales » de la théologie, la Prudence, la Force, la Tempérance, la Justice, et soumet la parole poétique à une éthique qui puise à la théologie thomiste, fait de Reine, l'épouse, la gardienne du poète. Le sacrement du mariage sublime le désir en une relation réelle à Dieu.
   Le recueil ordonne une existence. Les Muses (I) s’achève sur la déflagration du monde contemplée par le couple adultère. Dans La Maison fermée (V), le poète, dans un univers clos, communie dans la foi catholique avec tous les morts et tous les vivants. À L'Esprit et l'eau (II), où dans l'ultime vision digne de Dante le poète pénitent accède à la vision de la Sagesse de Dieu, s'oppose la quatrième ode, dialogique et dramatique, correspond La Muse qui est la Grâce, où le poète, tenté par la Grâce, refuse la « liberté », et s'en « retourne désespérément vers la terre ». Sommet et centre du recueil, le Magnificat (III), célèbre Dieu qui, par la conversion, a libéré le poète de ses ennemis (les philosophies et les esthétiques) et lui a donné une vie catholique, don qu’il renouvelle à son tour en sa fille Marie.
   Servies par l’expressivité du verset, et la répétition dont Claudel fait un principe musical de composition, les odes sont intensément lyriques. L'émotion y est constante, face à la femme, dans la prière, face à l'enfant, dans la communion. L'ivresse, traditionnellement païenne, prend un sens catholique : elle est joie triomphante. La Muse devient la Grâce, la Bacchanale se fait chant de glorification de Dieu. Dans ces « symphonies », Claudel reprend des motifs présents dans son théâtre antérieur : l'amour, la femme rappellent Lâla de La Ville (1898) et Ysé de Partage de midi (1905) ; l'eau, dans L'Esprit et l'eau comme dans Connaissance de l'Est, est lien universel et principe de dissolution. Cette écriture lyrique est mise au service d’une poésie catholique : le poète, qui a rompu avec le monde historique, rassemble la terre pour en faire l'offrande à Dieu. Figuré par le prêtre, le père, l’homme, le poète rend à chacun ce qu’il lui doit, à Dieu, l’esprit, à la femme, la vie, à l’homme le sens catholique du monde. La poésie, comme le montre la référence à la messe dans La Maison fermée, est communion universelle en Dieu. Les moments les plus didactiques doivent être lus comme des actes de foi : car l'ode est un chant de célébration offert à Dieu, chant de la créature humble et désormais soumise qui magnifie Dieu, Magnificat.


Bibliographie :
   - Alexandre (Didier), Cinq Grandes Odes, dans Société Paul Claudel (ressource en ligne).

 

15 euros (code de commande : 00123).

 

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