jeudi 6 octobre 2022

Chavée (Achille) - De neige rouge


CHAVÉE (Achille).

De neige rouge.
Poèmes.

Mons, Haute Nuit, 1948.

 


In-8° (126 x 172 mm.) broché, 51 p., un des 10 exemplaires numérotés sur Hollande Van Gelder (n° I), dédicace de l'auteur à Louis Van de Spiegele, rare édition originale.

 

 


   Le recueil comprend quarante-cinq poèmes écrits entre janvier et juillet 1944.
   Le dédicataire du recueil est le peintre surréaliste montois Louis Van de Spiegele qui, avec ses amis Achille Chavée et Fernand Dumont, participa aux activités de Rupture, puis du Groupe surréaliste de Hainaut et de Haute Nuit dont les premières expositions eurent lieu dans sa galerie Le Sagittaire.

 
 


Notice de René Poupart :
   Dans les recueils qu'Achille Chavée a publiés après 1946, Écorces du temps (1947), De neige rouge (1948), Écrits sur un drapeau qui brûle (1948), Au jour la vie (1950), lorsqu'il évoquait épisodiquement la femme et l'amour, c'était le plus souvent pour exprimer une attente : « ... en attendant / la nuit grisouteuse d'amour ». Blasons d'amour semble témoigner que cette attente a été comblée (« je t'ai cherchée / je t'ai trouvée »), car il est le seul recueil intégralement inspiré par la passion amoureuse. Chavée a une conception très épurée de la femme qu'il désire, cette pureté éclate dans le regard et, dans plusieurs textes, cette aspiration à la pureté s'exprime, une fois de plus, par le symbole de la neige (« tes yeux aux postulats de neige »). Cela ne signifie pas que la sensualité est absente, mais ses domaines les plus intimes et les plus secrets sont suggérés de façon très elliptique : « Dans la vaste nuit usuelle / (...) aux grandes marées de silence / qui s'évase entre deux soleils / une fourrure de caresse... » Le rêve de caresse se métamorphose en « Lourd collier d'oiseaux vivants / sur la poitrine de la chaste ».
   On remarque que Chavée recherche toujours davantage la sobriété et la concision. Celle-ci culminera dans les Quatrains pour Hélène (1958). Le poète, dans sa pleine maturité, économise les mots, mais a soin de les choisir en vertu de leur capacité de toucher les cordes sensibles du lecteur et de les faire vibrer.


Bibliographie :
   - Poupart (René), Blasons (sic) d'amour, dans, Lettres françaises de Belgique. Dictionnaire des œuvres. La poésie, p. 66.
   - Achille Chavée. 1906-1969, catalogue de l'exposition organisée à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort, à La Louvière, en 1979, n° 299.
   - Canonne (Xavier), Van de Spiegele Louis, dans 1000 personnalités de Mons & de la région, p. 760.

 

Vendu.

 

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Adrien (Adrien Georges Léon de Keyser, dit) - Ballades de Sylvain


ADRIEN (Adrien Georges Léon de Keyser, dit).

Ballades de Sylvain.
Textes et images par Adrien.

S.l., [chez l'Auteur], 1946.


In-8° (200 x 290 mm.) en feuillets sous chemise d'éditeur, [100] p., édition anapistographique, cette édition contient 22 ballades, chacune illustrée par une eau-forte rehaussée à l'aquarelle, ainsi qu'un titre gravé et une gravure sur la couverture, belle dédicace « À Mon cher maître Anto Carte [...] » enrichie d'un dessin original colorié représentant Anto Carte à son chevalet.

 

La belle dédicace à Anto Carte.

 

   Un des 24 exemplaires rehaussés à la main (n° 15).

 



À travers Sylvain, l'auteur nous dévoile son intention :
   C'est un gamin qui vient à vous de tout cœur
   Il écrit d'une main
   et illustre de l'autre
   un œil pour vous instruire
   l'autre est pour les mages.
   L'aimerez-vous ?

La page de titre.


Notice de la Biographie nationale :
   
Adrien de Keyser (Overijse, 1914 - Paris, 1950). Il est de ces créateurs qui traversent l'histoire de l'art à la manière d'étoiles filantes, brillants par leur capacité à toucher à de nombreuses cordes, mais rejetés dans l'ombre dès leur disparition trop tôt survenue. Adrien De Keyser est de ceux-là.
   Éduqué au sein d'une famille bruxelloise aisée – le père est médecin au Sablon et la mère, peintre – , après des humanités au Collège abbatial de Maredsous, Adrien entre à l'Académie de Bruxelles, dans l'atelier de peinture monumentale dirigé par Anto Carte. Polyvalent dès son adolescence, il réalise, entre 1937 et 1946, des costumes et des décors pour le théâtre, des illustrations, des gravures, des étalages pour les fêtes de fin d'année du grand magasin Le Bon Marché, des marionnettes et, bien sûr des peintures.
   La guerre interrompt ses activités : il s'inscrit à l'ENSAAV (La Cambre) pour s'initier à la technique de l'émail sur métal, sous la direction de l'orfèvre Jacques. [...]
   Poursuivant son œuvre peint, « son art se développe sur deux registres différents, une approche directe de la réalité dans les paysages et des portraits et, par ailleurs, des œuvres où son imagination se donne libre cours » En 1943, encore sous l'influence des scènes d'horreur vécues lors de son exode en France en mai 1940, il présente une série de gouaches aux sujets tragiques. Après la Libération, les sujets de ses gouaches sont imprégnés d'une joyeuse tendresse et d'une sensualité nouvelle. En 1946, il écrit des poèmes qu'il illustre de pointes sèches et crée le personnage de Sylvain, l'éternel adolescent rêveur. À cette date également, il s'intéresse à la peinture sur verre, réalisant des effets spéciaux par l'utilisation de feuilles d'or et de tons soutenus, tel le bleu lapis.
   En 1947, il se fixe à Paris et travaille avec son ami, le peintre français Pierre Lardin, à la restauration du paquebot Ile de France : pour décorer la salle de jeux des enfants, il utilise de grands panneaux de verre. Une autre commande le rappelle en Belgique : la décoration d'une villa construite par Horta, au parc de la Corniche à Genval (La Hulpe). Adrien y réalise une grande fresque sur le thème Le triomphe d'Apollon. Ce travail terminé, de retour à Paris, il monte des spectacles dans un local de la Maison pour Tous, rue Mouffetard : Adrien décore la salle de grandes figures représentant notamment une fête foraine. Comme il faut aller vite, il peint, non pas à fresque, comme à Genval, mais directement sur la paroi sèche. Les deux premiers spectacles présentés par la troupe de Jan Doat n'attirent pas la foule. Adrien propose alors un spectacle de marionnettes et adapte le texte du Petit Prince de Saint-Exupéry ; la représentation remporte un vif succès et est jouée deux cents fois. Quantité de projets sont mis sur le métier : décors et costumes pour une mise en scène de Raymond Devos, nouvelles marionnettes pour L'enfant et les sortilèges de Colette sur la musique de Ravel, etc.
   Hélas, la mort vient mettre un terme à cette prolifération d'activités créatrices : Adrien décède à Paris, à trente-cinq ans, le 6 avril 1950, laissant une œuvre multiple, toujours marquée d'une distinction poétique et d'un savoir-faire accompli qui le classent au rang des plasticiens originaux du milieu du XXe siècle.

 

Le poème J'ai de la chance et son illustration.


Bibliographie :
   - De Maet (Jacques), De Keyser, Adrien, dans Nouvelle biographie nationale, t. VI, pp. 128-129.

 

Découvrez toutes les illustrations :

  

 250 euros (code de commande : 28041).

 

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Baudelaire (Charles) - La Fanfarlo


 

BAUDELAIRE (Charles).

La Fanfarlo.
Ornée de bois gravés par Pierre Roy.

Paris, Société Littéraire de France, 1920.

 



Petit in-8° (115 x 145 mm.) sous couverture rempliée d'éditeur, 77 p., 1 illustration à pleine page et 1 bandeau, tirage à mille exemplaires numérotés sur vélin Lafuma (n° 118), ex-libris d'Émile De Breyne dessiné par Godefroid Devreese.

 


Extrait de l'article de Jérôme Thélot :
   La Fanfarlo occupe dans l'œuvre de Baudelaire une place singulière. D'une part, cette nouvelle parue en 1847 date du moment où son auteur vient de se choisir poète. Voici donc paradoxalement un récit en prose, pour marquer une entrée en poésie. D'autre part, La Fanfarlo a été abandonnée par Baudelaire qui ne la cite que trois fois dans sa Correspondance, et plus jamais après 1857 ; au point que peut-être il faille parler d'un reniement, puisque dans les listes de ses œuvres qu'il établira à la fin de sa vie, La Fanfarlo ne figure pas. Enfin, La Fanfarlo est singulière en ceci qu'elle est la seule nouvelle que Baudelaire ait écrite. L'oubli de ce récit à partir de 1857 – ou son occultation – se double de cette inaptitude – ou de cette allergie – à la composition d'autres nouvelles.

 

Illustration à pleine page.
  

Bibliographie :
   - Thélot (Jérôme), Désir et vérité dans « La Fanfarlo », dans Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1989, n°41. pp. 209-223.

 

Ex-libris d'Émile De Breyne.
 

25 euros (code de commande : 00027).

 

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Francis (Jean) - L'éternel aujourd'hui de Michel de Ghelderode

 


 

FRANCIS (Jean).

L'éternel aujourd'hui de Michel de Ghelderode.
Spectrographie d'un auteur.

Bruxelles, Louis Musin, 1968.

 


Fort in-8° (190 x 240 mm.) broché sous couverture à rabats, 538 p., nombreuses illustrations.


Le mot de l'éditeur sur la couverture :
   Michel de Ghelderode, l'un des plus importants dramaturges de son époque. Auteur d'une cinquantaine de pièces de théâtre et d'un nombre considérable de volumes en prose, il a toujours occupé une place à part dans les Lettres françaises, celle réservée à ceux qui vivent leur œuvre autant qu'ils l'écrivent.
   Né en 1898, à Ixelles, il est mort à Schaerbeek en 1962. Entre ces deux faubourgs de Bruxelles une pérégrination spirituelle, une aventure unique.
   C'est cet itinéraire – il traverse les domaines de tous les arts, ceux du folklore et de l'histoire que le présent livre retrace. Pour la première fois Michel de Ghelderode et son œuvre sont racontés, l'un éclairant l'autre et réciproquement par quelqu'un qui a longtemps vécu dans l'intimité du grand dramaturge.
   Nous avons voulu compléter cette étude par une iconographie aussi ample et variée que possible.

 

10 euros (code de commande : 31939).

 

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mercredi 5 octobre 2022

Cladel (Léon) - Petits cahiers (édition originale)


CLADEL (Léon).

Petits cahiers de Léon Cladel.
Eau-forte de L. Lenain.

Bruxelles, Kistemaeckers, 1879.
[Bruxelles / Henry Kistemaeckers, Éditeur / 25, rue Royale, 25 / M DCCC LXXIX]

 


 

Petit in-8° (110 x 163 mm.) demi-maroquin noir, dos à cinq nerfs daté en queue, tête dorée, couverture parcheminée conservée (reliure de G. Dubois d'Enghien dont la marque a été effacée par le dernier propriétaire du livre !), 142, [7 (table, marque de l'imprimeur A. Lefèvre, notice de présentation de l'édition de L'Homme qui tue par Georges Gerber)], [3 bl.] p., un portrait gravé de l'auteur en frontispice et 4 pages de fac-similé de manuscrit, (« Petite Collection de Bibliophilie »), exemplaire sur papier vergé, édition originale rare et en bel état.

 


    Georges Vicaire précise : « La justification du tirage, au v° du faux-titre, annonce : 200 ex. sur pap. vergé et 100 ex. sur pap. du Japon. D'après l'indication que m'a fournie M. Kistemaeckers, le tirage serait de 500 exemplaires sur pap. vergé, plus 10 ex. sur pap. du Japon. »

 


 À propos de la « Petite Collection de Bibliophile » :
   Cette série de luxe est composée d'une quinzaine de volumes de 10,5 x 16 cm., imprimés sur beau papier vergé fin et illustrés chacun d'un portrait de l'auteur. « Cette collection, annonce Kistemaeckers, est destinée à devenir très rare par la suite [...], car aucun de ces volumes ne sera réimprimé. Elle groupera des œuvres inédites de toutes les célébrités de la jeune école analytique ou naturaliste. » La collection eut un vif succès et fut rapidement épuisée. Kistemaeckers se proposait de faire paraître dans des éditions illustrées mais au format grand in-8° ceux de ces ouvrages qui obtiendraient le plus de succès. » À la connaissance de Colette Baudet, le projet n'eut pas de suite.

 

La couverture sur papier parcheminé.

Notice de Colette Baudet à propos de l'ouvrage :
   Sur un feuillet d'annonce, Kistemaeckers présente l'ouvrage en ces termes : « Cette publication étant avant tout une œuvre de gourmet, nous y avons apporté tous nos soins, afin qu'elle puisse dignement occuper la place qui l'attend dans la bibliothèque de l'amateur et du bibliophile, nous n'avons obtenu l'autorisation que de faire un seul tirage scrupuleusement limité à 300 exemplaires sur papier pur fil vergé à 4 francs et 10 exemplaires sur Japon véritable. » À propos de l'annonce de ce tirage scrupuleux, qui se rapproche des chiffres avancés par Vicaire mais ne correspond nullement à la justification du tirage indiquée dans le volume, R. Fayt observe, dans une monographie consacrée à l'éditeur : « Ce procédé met en évidence le manque d'intégrité de Kistemaeckers, coutumier de ces manipulations mercantiles. »
   Une note de l'éditeur, très caustique à l'égard des bien-pensants, rappelle la condamnation de Cladel, en 1876, lors de la publication d'Une Maudite dans L'Événement.
   Dans une lettre du 30 juin 1881, Kistemaeckers répond à un client, qui souhaite un exemplaire des Petits Cahiers, « que ce petit volume a été entièrement épuisé peu de temps après sa mise en vente [...]. »

 



Table des six nouvelles contenues dans ce volume :
   - Paul-des-Blés.
   - L'Ancêtre.
   - Une Maudite.
   - Chez les Morts.
   - Madame la Générale à la jambe de bois.
   - Bêtes et Gens.

Marque de l'imprimeur.

Bibliographie :
   - Vicaire (Georges), Manuel de l'amateur de livres du XIXe siècle, tome II, col. 755.
   - Fayt (René), Un éditeur des Naturalistes : Henry Kistemaeckers, dans Le Naturalisme et les lettres française de Belgique, Revue de l'Université de Bruxelles, 1984/4-5.
   - Baudet (Colette), Grandeur et misères d'un éditeur belge : Henry Kistemaeckers (1851-1934), pp. 193-194. 

150 euros (code de commande : 00031).

 

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Jarry (Alfred) - Œuvres poétiques complètes



JARRY (Alfred).

Œuvres poétiques complètes.
Textes réunis par Henri Parisot.
Préface d'André Frédérique.
 

Paris, Gallimard, 1945. 

 



In-8° (120 x 180 mm.) sous cartonnage d'éditeur (maquette de Mario Prassinos), 254 p., exemplaire numéroté (n° 205).

 


 

    Jean-Étienne Huret décrit deux types d'éditions : a. dos de treize millimètres ; b. dos de vingt-cinq millimètres en précisant : « Il existe deux types de volumes dont l'un a quasiment le double d'épaisseur de l'autre. Clef du mystère : il devait manquer de papier pour finir le tirage. On a utilisé un papier plus épais et il a donc fallu élargir le dos du cartonnage. ».
   Le dos de l'exemplaire présenté ici a une épaisseur de dix-neuf millimètres, de quoi compléter l'inventaire de Jean-Étienne Huret avec un « type c » ! 

 


 

Extrait de la préface :
   Les vers chez Jarry fleurissent au milieu de la prose non seulement dans des ouvrages comme les Minute, de Sable Mémorial qui les préparent et où ils s'épanouissent en parfaites cristallisations, mais dans ses romans où rien ne les fait prévoir. Pour un familier de Jarry, les réunir leur donne un nouvel éclairage. Aussi peu homme de lettres que possible, il les a lâchés au hasard de l'inspiration, sans souci pour leur sort. Rares sont ceux, que publièrent isolés des revues. Leur résonance multiple, dans l'entraînement de la prose, les a fait parfois défiler trop vite dans notre esprit. Nous n'attendions pas toujours tant d'ampleur.
   Son ouvrage poétique le plus long, les Minutes, composé avec une rigueur toute particulière qui échappe à la première lecture, où s'enchevêtrent des poèmes en prose et en vers d'une densité remarquable dans lesquels « l'humide et le noir s'épandent en libations », met au jour un monde larvaire qui grouillait dans d'opaques profondeurs. Nos yeux voient sous une lumière glauque s'animer suivant des lois magiques les constructions binaires ou ternaires qu'il affectionne : les oppositions se répondent, le blanc et le noir, la lumière et les ténèbres ; des énigmes ambivalentes résolvent en arborescences hâtives un foisonnement d'images surgi de l'inconscient :
      La sirène minérale tient son bien-aimé par la tête...


Bibliographie :
   - Huret (Jean-Étienne), Les cartonnages NRF. Bibliographie, n° 267.

 

80 euros (code de commande : 00064).

 

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Louÿs (Pierre) - Les chansons de Bilitis (illustré par Suzanne Ballivet)

 

 

LOUŸS (Pierre).

Les chansons de Bilitis.
Traduites du grec par Pierre Louÿs.
Illustrées par Suzanne Ballivet.

Bruxelles, Éditions du Carrefour, 1943.


 

In-8° (157 x 214 mm.) broché sous couverture à rabats, 209 p., bien complet de ses 16 planches hors-texte en couleurs, exemplaire numéroté sur Featherweight (n° 841), dos ridé présentant une petite mouillure à la queue.

 


 

Extrait du Dictionnaire des œuvres :
   Publiés à Paris en 1894. Il s'agit d’un recueil de petits poèmes que l’auteur prétendit avoir découvert et traduit, d'après une poétesse grecque contemporaine de Sapho. En vérité, l'apparente retenue qui caractérise ces Chansons, leur enlève toute prétention classique, et les place plutôt sous le signe des écrivains postérieurs au Parnasse, et rappelle tout spécialement les auteurs d'épigrammes de l'Anthologie Palatine, depuis Méléagre de Gadara (dont Louÿs fut le traducteur) jusqu'à Paul le Silentiaire. Il s'agit donc d’une inspiration purement alexandrine ; d'ailleurs le goût des parnassiens héllénisants fut plus alexandrin que classique. L’auteur imagine que Bilitis est née vers le VIe siècle av. J.-C. dans la Pamphylie orientale. S'étant transférée à Mytilène dans l’île de Lesbos, elle y aurait connu Sapho, laquelle lui aurait appris l'art du chant et de la poésie. Le noyau central des poèmes de Bilitis est composé par une trentaine d'élégies (que l'on suppose avoir été écrites à Mytilène), sur l'amitié de Bilitis pour la jeune Mnasidika, amitié brusquement interrompue par le départ de Bilitis pour Chypre.
   La première partie de ce recueil a un caractère éminemment bucolique : « Bucoliques en Pamphylie », et évoque, entre autres choses, les amours pastorales de Bilitis avec le jeune Lykas. La deuxième partie, qui contient les « Élégies » consacrées à Mnasidika (ce nom est emprunté à un fragment de Sapho), est la plus ardente et, au point de vue littéraire, la plus parfaite. La troisième partie comprend un certain nombre d'épigrammes, « Épigrammes dans l’île de Chypre », au style très élégant, où Bilitis chante ses dernières amours et le déclin de sa propre beauté : « Le tombeau de Bilitis ». Ces petits poèmes ne sont pas écrits en vers, mais dans une prose poétique qui s'adapte mieux aux possibilités de l’auteur et aux nécessités de sa fiction. Des descriptions de paysages, très précieuses, et souvent maniérées, alternent avec des scènes spécifiquement érotiques. Cet ouvrage peut être considéré comme un des moments les plus heureux, mais aussi comme le couronnement et la conclusion du mouvement parnassien.

 


 

L'avis de Robert Desnos :
   « L'érotisme de Pierre Louÿs, c’est celui qu'on entrevoit le soir, à la clarté des réverbères, qu'on imagine dans les ports cosmopolites... celui qui suscitera toujours, malgré tout, notre tendresse pour ces femmes, héroïnes à leur manière d’un roman banal et mouvementé par monotonie. Qu’il se retrouve aux mains de la dactylo, le soir dans un train de banlieue ou sur la table de nuit de la chambre d'hôtel où dort la grue, Aphrodite ou les Chansons de Bilitis gardent leur pouvoir d'évocation ou d'invitation à l'amour, au sens héroïque. »

 


 

Bibliographie :
   - Laffont-Bompiani, Dictionnaire des œuvres, t. I, p. 651.
   - Pauvert (Jean-Jacques), Anthologie historique des lectures érotiques, t. II, p. 926.


Vendu.

 

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